Une histoire d'amour pourrait-elle se raconter comme une enquête policière. Les "choses de ma vie" m'ont amené à penser que oui. Une histoire de famille peut-elle devenir "politique" ? Complètement !

Il y a deux ans, le père décède. Il aurait bien voulu que "la suite" soit clarifiée de son vivant. Pour cela, il a "fait le job", questionné ses trois enfants. Je lui ai toujours répondu franchement: non, je ne souhaitais rien gardé. Les deux autres sont restés évasifs. "Ne t'inquiètes pas, profite de ta vie, de ta maison, il sera bien temps de voir les choses après". Entre nous, il ne pourrait pas y avoir de problème... Ma soeur surtout est restée jusqu'au bout une grande défenseur de cette ligne, bloquant ainsi toute discussion sur "l'héritage". Déçu probablement par cette réponse, il n'a pourtant pas été plus loin, rassuré probablement par ce concept qu'il ne "pourrait y avoir de problème".
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Après son décès, mes frère et soeur découvrent que la possibilité de concevoir  la maison familiale comme une maison de famille n'est pas possible. Je me refuse à accepter un tel projet auquel je ne crois guère. Et puis, les "choses de ma vie" ont fait que je suis dans la difficulté financière, donnée hélas incontournable avant toute autre considération psychologique. Putains de pauvre !

Conserver la maison oblige donc à me verser ma part. Mon frère, pas motivé plus que ça, se désengage rapidement. Reste donc plus que ma soeur qui va s'avérer être un vrai animal poitique. Elle a toujours cultivé une relation privilégiée avec mon père et en même temps, contré toutes ses veillités de grand sage patriarche voulant orchestrer les choses. A sa mort, elle s'est autoproclamée gardienne du souvenir. Nous avons même reçu des "textos de rappel" aux dates anniversaires de sa mort.

En juin 2015, elle nous déclare qu'elle gardera donc la maison et que les questions d'héritage ne doivent en effet pas trainer exagérément. Un relance de ma part en janvier 2016 la surprend. "Je ne pensais pas que ça soit aussi pressé". Elle réédite le fait qu'elle va s'en occuper. Nous sommes en décembre 2016, Papa est mort depuis plus de deux ans, toujours rien.

Officiellement, il faut faire perdurer la famille. C'était le voeu le plus important de notre regretté père. Alors, comme tous les Noël, je reçois la liste de ceux à qui je dois faire un cadeau, idée mise sur pied par Papa et que nous prolongeons un peu en souvenir de lui. Ma nièce, à qui ma soeur a transmis ce culte du souvenir se charge désormais de cette histoire de liste.  NoelPourtant, la réalité est que ce voeu pieu a fait flop. Moi, divorcé, je ne vois plus mes propres enfants, qui n'ont plus de contacts avec ma famille, et ne souhaitent plus vraiment en avoir, et surtout pas avec ma soeur, personnage clé qui a voulu jouer un rôle dans mes difficultés familiales jusqu'à ce que son assurance trop affirmée provoque une rupture avec mon ex femme et mes enfants.

Chantre de la perennité familiale, elle porte pourtant quelques germes de l'échec de cette entreprise. Surement pas facile à vivre. Mais entre le mea culpa et faire fonctionner plein pot ses mécanismes de défenses pour se justifier, elle  a choisi depuis longtemps. Et désormais aujourd'hui, entre régler rapidement la question de l'héritage ou faire prolonger jusqu'à on ne sait quand ce statu quo qui me maintient dans la précarité, elle prend le risque de choisir cette ligne guère pacifique.

Le frangin, on prend des nouvelles de temps en temps, comme pour voir s'il est toujours vivant. On pratique le positiviste béat: "tu écris, c'est bien, tu fais de la guitare, c'est bien, tu fais des randonnées c'est bien". A quand tu t'es acheté une chemise c'est bien.

Je pourrais donc provoquer une crise. Je ne le fais pas. J'ai dans les mains de quoi faire voler en éclat la famille, alors je vais essayer encore un peu de jouer les sages ermites. Mais, pour Noël, se forcer à faire comme avant, dans un bain de non-dit et d'hypocrisie, c'est beaucoup me demander, il y aura un absent au repas de Noël. Réunir tout le monde à Noël, c'est devenu presque un acte politique, statégique, pour rester la garante de l'unité familiale, ça sera sans moi.

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