Toute la question est de savoir si une relation amoureuse peut prendre des allures de jeu d’échec puisqu’on s’oriente vraisemblablement dans cette voie. Il faudrait commencer par savoir ce qu’est une relation amoureuse, exercice pas simple et peut-être insoluble. Rester simple ? Essayons. Pour moi, c’en est bien une, la rencontre, magique, adolescente, coup de foudre explosif, départ, aventure, inconnue.

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La suite, deux personnages qui progressivement se dévoilent et laissent apparaître l’impossibilité qu’ils puissent réellement s’accepter dans ce qu’ils sont, dans leurs tripes, leur cerveau, leurs idéaux, n’ayant que leur cœur pour se réfugier bien au chaud de la froideur de leurs différences.

Deux séparations en cinq ans, et à nouveau des retrouvailles en septembre 2016, avec à la clé cette fois, le concept de la relation doudou. Bien ensemble, heureux de se voir, se retrouver, se toucher (bien mois qu’autrefois), et surtout pas de projets, et encore moins de discussions qui n’ont jamais donné rien d’autre que des conflits, avec recherche systématique de poux dans la tête de l’autre.

Il était question de « se parler » pour avoir une idée plus précise, voire une idée tout court de ce que nous étions en train de vivre. En définitive, les paroles ne sortent pas, de peur sans se l’avouer de s’engueuler, ce qui aurait comme mérite de résoudre la question une bonne fois pour toute.

C’est sans compter sur la partie d’échec à laquelle nous nous livrons depuis cinq ans. Qui a tort, qui a raison, qui aime, qui n’aime pas, qui aime plus que l’autre, qui a confiance, qui n’a pas, qui inspire la confiance, qui ne l’inspire pas.echecs

Les deux stratégies ne sont pas les mêmes. Dans le corps à corps, elle domine, elle terrasse, tous les coups sont permis, y compris de s’attaquer aux fondements de l’autre, qu’il finisse par ne plus croire en lui-même. Ça a terriblement bien marché. Je la supplante dans la réflexion, l’analyse. Pas de charrue avant les bœufs, pas de signature sans observations préalables, sans passage au scanner, contre la théorie de l’amour qui résoudra tout. Après tout, les deux stratégies se valent, sauf que dans notre histoire, j’aurais bien gagné cette petite bataille de la pensée, même si je me garde bien de le montrer.

Aujourd’hui les situations, les paroles, les gestes s’empilent pour atteindre le point de rupture d’où nous ne pourrons revenir, sans que rien ne soit verbalisé. Garder les bons souvenirs et laisser l’autre avec ses casseroles qu’il ou elle ne s’est  jamais vraiment préoccupé de savoir si le bruit qu’elles font en les trainant sont vraiment supportables pour l’autre.10622

Tiens, elle me reparle de son millionnaire qui n’a jamais vraiment lâché le morceau. J’ai encore dénigré. Je ne devrais pas. Je n’ai pas à la bloquer intellectuellement. Peut-être est-elle en train de me dire qu’elle non plus n’a jamais vraiment abandonné l’affaire. « L’affaire », quel drôle de mot, si voisin des « affaires ». L’argent « ne l’intéresse pas ». La preuve, elle est partie avec moi… Mais traverser toute une vie « dans l’argent » laisse des traces. D’ailleurs, elle en parle tout le temps, un peu comme une paysanne. Tous les autres prétendants croisés sont des hommes fortunés, l’argent, préoccupation sourde, tenace, qui vient s’immiscer dans les rencontres. « La preuve, elle est partie avec moi » ? A l’arrivée, peut-être la preuve, elle ne restera pas avec moi. Non, pas intéressée comme une entremetteuse, mais besoin de sécurité, comme une paysanne, d’abord les fondamentaux. Ensuite, les satisfactions de la vie bourgeoise. Mais cette acceptation de soi-même est parfois douloureuse, ou plutôt enfouie, et je ne suis pas psy.Sport_Echec01

Le mot confiance est au milieu de l’échiquier. Je n’ai pas confiance en toi, alors c’est toi qui perds. D’ailleurs, à chaque fois, c’est bien toi qui est parti, pourrait-elle asséner en attaquant directement avec sa reine. Tout ce temps pour trouver la parade… Car c’est bien moi qui n’a pas confiance. Elle ne veut pas vivre avec l’homme que je suis, mais bien avec celui qu’elle pourrait faire de moi. Les pions sont toujours bien en place même si parfois ils sommeillent. Une contre attaque serait hasardeuse, je me contenterai de l’égalité. Alors les maux et les mots resteront peut-être bien sagement au fond de moi.

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