Ce matin, j’ai détartré ma cafetière, au vinaigre blanc, bon on s’en fout du vinaigre blanc. Le détartrage de cafetière, c’est un truc qu’il faudrait faire régulièrement, et qu’on ne fait pas. Pourquoi ? Parce que quand on arrive devant la cafetière, on est pressé d’avoir son café, alors on en fait, même si on sait qu’à la longue, on va finir par ne plus pouvoir s’en faire. C’est con. Mais c’est comme ça.

Le truc, c’est que pendant que ma cafetière se détartrait, au vinaigre blanc, ah oui c’est vrai on s’en fout du vinaigre blanc, je sentais moi aussi que pas mal de choses étaient en train de se détartrer, une sorte de synergie avec la cafetière. Dingue ce truc.   FG1110-MLX-LARGE

Pour celui qui a suivi les épisodes précédents, (ok je doute un peu de son existence celui là, tant pis !), nous avons mis fin à notre histoire avec celle qui a jalonné ma vie depuis cinq ans. Chirac dirait, putain, cinq ans ! « Nous avons », c’est ma version des faits, ce n’est pas la sienne. Cette histoire d’amour, (ça c’est ma version des faits, pas la sienne) a toujours eu un goût de partie d’échec, et dans « partie d’échec », il y a « échec ». On aurait du se méfier. Une partie d’échec, ça, c’est ma version des faits, pas la …, bon, vous avez compris.

Le final est pourtant un moment crucial de la partie. Cet automne, elle s’absente deux mois. Nous nous appelons, tous les jours. Exercice un peu forcée, pas facile d’avoir à se dire des trucs tous les jours. Et puis, reconnaissons le, nous n’avions pas des tonnes de choses à nous dire, puisque nous évitions soigneusement un sujet : nous. Dans une histoire de couple, il se peut que ce soit un handicap. Elle fait une approche un jour : «  il faudrait que l’on reparle de nous ». Je lui réponds : « attendons ton retour, par téléphone, c’est pas terrible ». Elle est d’accord.

En novembre, une invitée surprise s’invite dans la partie : ma petite copine d’enfance, retrouvée, vive le net. Joie ! Je lui dis. Elle me dit : « elle aura envie de te revoir ». Plus tard :  « et elle, elle en est où ». Je lui dis : « elle divorce ». Elle me dit : « elle a envie de te revoir, et puis, c’est une femme que tu as déjà aimée dans ta vie ». Je lui dis : « c’était il ya trente cinq ans ». Ça ne la rassure pas. Plus tard, elle aura encore l’occasion de me dire : « si tu vas la voir, pour moi, c’est terminé, je ne veux plus que l’on se voit ». Je comprends (peur de l’abandon, de la trahison). Je ne comprends pas. Comment peut-on être aussi expéditif ?

A ce stade, j’en suis où avec la petite copine. Deux coups de fils, qui ont duré des heures, et c’est vrai, c’est la claque : synergie, compréhension, empathie, joie, bonheur, facilité, aisance, et en filigrane, un mot qui avance sur la pointe des pieds : évidence… Pourtant, je ne mange pas de ce pain là, même s’il crève les yeux qu’il est délicieux. Pédale douce sur les appels, les mails, respect de l’inquiétude de l’autre. La belle finit par revenir pour les fêtes. Je dis : « nous avions dit que nous devions parler ». Elle me dit : « oui mais si c’est pour s’engueuler ». Remarque très juste puisque toutes les fois que nous avons « parlé », on s’est plutôt engueulé. Alors passons les fêtes dans la paix, soit.

Quelques bribes de conversation tout de même. Nous ne nous sommes pas vraiment manqué. Accord. Ah tout de même. Explication. Nous ne savons pas bien où nous allons. La séparation était en même temps, reposante. Et puis je lui dis : « tu veux qu’on t’aime comme tu es. J’essaie, je pense que j’essaie. Vraiment. Mais je ne vois pas la réciprocité. Tu n’aimes pas vraiment le personnage que je suis. Elle répond : « oui, je comprends que tu puisse penser ça ».

Parenthèse : il y a de quoi un peu penser ça. Même si elle s’avérait ne pas être d’accord ; cette fois, on s’en fiche. Jugeons plutôt : intérêt modéré pour mes écrits, intérêt inexistant pour ma musique, « tes gosses, de toutes façons, ils vont te laisser tomber », intérêt très flou pour mes amis, « ton héritage, il faut que tu le réclames ». Trop gentil, trop mou, trop diplomate, trop faible, pas ambitieux, pas soucieux de l’argent. C’est beaucoup.    Verseuse_Filtre-618x290

Janvier 2017. Une première dispute. Je ne sais pas trop sur quoi. Son baluchon est prêt. Elle part. Au dernier moment, elle ne part pas. Je pleurais. Elle était en train de me foutre tout sur le dos. J’en ai plein le dos. Elle me prend dans les bras, les yeux, enfin elle me prend. Je craque. J’ai besoin de ma dose de bonheur. Autre weekend, autre dispute. Cette fois, je sais pourquoi. J’ai des insomnies. Mais c’est elle qui souffre. C’est dur pour elle mes insomnies. Je n’en doute pas. Que ce soit dur d’avoir des insomnies ? Inconnu. Je n’ose plus en parler de peur d’être critiqué. C’est quoi le contraire d’empathie ? Résultat, elle part. Cette fois, c’est la fois de trop. Stop. On arrête.

Weekend suivant : je devais venir manger, avec des amis à elle. Je viens ? OK je viens. Arrivé une demi-heure avant. Rien à se dire, ça fout les jetons, en tout cas gros malaise. Les amis repartent. Elle m’amène en même temps mon blouson. Soulagé. Fin. Ne m’a-t-elle pas dit : « c’est peut-être la dernière fois que nous nous voyons ».

Je suis libre. J’attends. Mais je veux appeler celle avec qui tout est si simple, fluide, facile. Je l’appelle. Puis j’y vais. Tout est encore mieux. Tout est merveilleux. Merveilleux. Comment ne pas lui dire. Je lui dis. Alors, je reviens. Le merveilleux est encore plus merveilleux. Notre vie bascule. Nous poussons encore un peu plus la bascule. Amour.

Et là, réapparition. « Tu l’as vue ? », « tu as fait l’amour ? », « tu as fait semblant de ne pas me voir », « tu devais aller chercher des fleurs », « ces disputes étaient un coup monté », « tu ne m’as jamais aimé », « c’est dégueulasse », etc., je continue ? Ah oui, et aussi, « tu es toxique pour moi », « j’ai mis tout ce que tu m’as offert dans un sac à la cave ».

Revenons à la cafetière. Elle a du finir de se détartrer, au vinaigre blanc, oui, bien, ça suit. Oui, elle a raison, je suis toxique pour elle. Ce serait très dangereux de me voir. Pour le moment, sans me voir, elle a mangé des médocs, urgences, et maison de repos ou clinique psy, je ne sais pas. Je suis en dehors, surtout je reste en dehors. Toxique ? A la question est-ce que je l’ai aimée, je me la suis posée des centaines de fois devant mon miroir, et il m’a toujours répondu : oui.

LA question aujourd’hui, c’est de savoir si son affirmation sans faille « moi je t’ai toujours aimé » est vraie. L’homme qu’elle voulait que je devienne ? Oui. L’homme que je suis ? … Non. Je vais pouvoir aller me faire couler un café.  

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